Se donner un cœur
Lorsqu’au départ, nous nous intéressons à l’éveil et à la libération, c’est depuis notre esprit illusionné. Malgré notre souhait de changement, c’est toujours avec la même logique de saisie que nous abordons la Présence. C’est comparable à l’attitude d’un comédien possédé par son rôle qui, voulant mettre fin à sa comédie, en dépit de sa bonne foi persiste et joue à s’arrêter.
Il n’est pas si simple de nous défaire de nos habitudes et de notre conditionnement. L’esprit conceptuel et cartésien, auquel nous sommes formés dès notre plus jeune âge, est le seul que nous connaissons. S’il existe un état d’esprit non conceptuel, nous ignorons à quoi il ressemble et comment l’obtenir. C’est de nous relier à notre fondement, à l’Être initial que nous Sommes, qui nous le révèle.
Bien que nous sachions que la Vie est un don, nous le limitons à celui que nous recevons en venant au monde. Nous ne voyons pas, qu’au-delà de cet événement il est constant, ni de quelle façon il est redonné par chacune de nos respirations. Le don de la Vie n’est pas comme une chose ou un pouvoir que l’on détient. Il est un renouveau, un jaillissement dynamique que l’on reçoit, qui s’actualise dans l’Instant.
Être vivant dans le Vivant, c’est respirer concrètement. L’éveil et la libération ne surviennent pas d’une recherche faite de déductions philosophiques et intellectuelles. Parce que nous sommes un corps et un esprit, nous avons besoin d’une réanimation concrète pour sortir de notre rêverie. De même que la flamme a besoin d’oxygène, nous avons besoin du souffle du Vivant pour animer et éclairer tout notre Être.
Se donner un cœur, c’est se relier à une autre logique que celle de notre raison. C’est en quelque sorte changer de référentiel. À l’instar de la respiration, le cœur est un battement permanent. Il est le rappel du don qui s’accomplit au présent. Nous ne devenons pas plus vivants en nous agitant, mais en nous reliant à la Présence vive et à sa Source qui réside en notre cœur.
Se donner un cœur, c’est se donner l’Amour. C’est porter en soi le ferment même de la générosité. Si nous ne sommes pas généreux, en nous, la Source sait l’être. Venant d’elle, nous pouvons nous ouvrir à ce don et en être le vecteur. Il n’y a pas d’entraînement préliminaire que nous devons faire. De même qu’un glaçon n’est pas autre chose que de l’eau, par notre incarnation nous ne sommes pas différents de la Source ni de ses qualités. La foi, c’est la confiance en cette unicité. C’est la seule chose nécessaire pour nous libérer instantanément.



