Une histoire projetée sur le réel
Toute l’illusion n’est qu’une histoire, qu’un récit que l’on raconte. C’est comme s’intéresser aux ombres d’un feuillage projeté sur un mur, et le regarder s’animer par le vent. Nous pouvons le voir, mais, en réalité, il n’y a rien de concret. Ce que nous regardons n’est qu’une danse de formes sans réalité.
Sur le mur de notre esprit, bien des projections apparaissent. Elles viennent s’agiter pour quelques instants. Puis, déjà, toutes disparaissent. Nous en gardons le souvenir. Mais de nouvelles les ont remplacés. Elles aussi repartent comme elles sont venues.
Nous conservons la mémoire de surgissements irréels et éphémères. Alors, que rien ne s’inscrit concrètement sur notre mur intérieur, nous en assumons les conséquences. Nous en sommes affectés. Parce que nous y croyons, nous aimerions améliorer notre histoire. Vainement, nous tentons d’en changer. Alors, nous sommes frustrés et désespérés de ne pas y arriver.
À présent, si nous regardons vers notre mur, plus rien n’est resté. Jamais rien de tout ce que nous y avons vu ne s’y est inscrit ou dessiné durablement. Nous n’avons rien à faire de particulier pour conserver l’esprit originel. Vouloir intervenir, ce n’est pas reconnaître sa qualité d’autolibération. C’est préférer croire en la réalité de notre illusion. Pourtant, de toute éternité, il n’y a jamais eu que la présence d’un mur.
Nous ne sommes pas notre pensée et pas nos idées. Toutes ces expressions nous appartiennent et proviennent de notre esprit. Cependant, malgré l’importance que nous leur accordons, nous ne devenons aucune d’elles. Notre ciel intérieur, à l’instar de celui extérieur, ne devient pas les événements climatiques qui surviennent en lui. Notre nature ne se confond pas, ne se transforme pas en ses propres expressions. C’est en cela qu’on la définit comme absolue.



